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Matières premières

Préparer la peau

« Le cuir de vache, quand il est mouillé, il s’agrandit. C’est pour ça que le cuir d’orignal ou de caribou est préférable, parce qu’il reste tel quel, il ne change pas, il ne s’étire pas. »
Diane Blacksmith, Ilnu

Préparer la peau afin d’en faire des mocassins peut prendre environ trois semaines, mais le processus de traitement peut prendre des mois : le travail se fait en plusieurs étapes.
Roger Wylde, Anishinabe (Algonquin)
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Il est préférable pour la confection de vêtements et de raquettes d’utiliser la peau d’un veau âgé d’un an ou deux ou encore la peau d’une femelle l’automne, la peau des mâles adultes étant plus épaisse.

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On enlève la graisse en grattant la partie intérieure et on poursuit du côté du poil. L’opération s’effectue avec un couteau rond ou un grattoir en os constitué de la partie centrale d’un fémur d’orignal mâle.

La peau est montée sur un solide tréteau soutenant le cuir pour le grattage. Elle peut aussi être attachée et tendue à un cadre de bois. On nettoie l’installation régulièrement pour éviter l’émanation d’odeurs; l’idéal est de travailler à l’extérieur et de ne pas faire cette opération durant l’été afin d’éviter les parasites. Cette étape est exigeante et demande jusqu’à trois longues journées.

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On nettoie la peau maintes fois dans l’eau, car on doit s’assurer qu’il n’y a plus aucune trace de sang. Un ruisseau est idéal pour cette étape, sinon une grande cuve est utilisée.

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1-2. Association des artisans de Manawan, 1973-74
Collection privée de Benoît Ottawa, Atikamek Nehirowisiw

Tanner la peau

Quand la peau a bien été nettoyée, il faut la tanner. Cette étape permet de l’assouplir, mais également d’empêcher sa putréfaction.

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Avant, les gens prenaient la cervelle de l’animal et sa graisse pour faire le mélange d’eau savonneuse. Maintenant, on utilise un savon en barre non parfumé et de la graisse de porc.

En fonction de la taille de la peau, on émiette plus ou moins un demi-savon et deux cuillérées à soupe de gras dans une marmite de 10 litres. On fait bouillir le mélange pendant 45 minutes et on le laisse tiédir.

On y trempe le cuir pendant deux jours. On rince la peau et on la refait tremper une autre journée.

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La peau est ensuite suspendue à une perche de bois sec et sans écorce. Elle est tordue afin d’en retirer l’eau et laissée à l’extérieur de deux à trois mois pendant l’hiver. Le froid activera l’assouplissement du cuir. La peau sera ensuite prête pour le séchage.

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Au printemps ou à l’été, on rince la peau et on la suspend sur la perche pour battre et étirer le cuir de tous les côtés jusqu’à ce qu’il sèche. Le procédé peut prendre une journée ou moins en fonction de la température.

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1-5. Association des artisans de Manawan, 1973-74
Collection privée de Benoît Ottawa, Atikamek Nehirowisiw

Fumer la peau

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Afin de préparer le cuir au fumage, communément appelé boucanage, il faut coudre les bordures de la peau de manière à former une poche avec une ouverture au bas. L’opération consiste à suspendre la peau au-dessus du feu, pour fumer l’intérieur et l’extérieur. Cette étape prend environ deux heures.

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On procède au boucanage en faisant un petit feu avec du bois pourri et sec dans un seau de métal. On utilise le sapin, l’épinette noire ou le tremble.

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1-4. Association des artisans de Manawan, 1973-74
Collection privée de Benoît Ottawa, Atikamek Nehirowisiw

Utiliser d’autres matériaux

« Quand j’étais jeune, le haut de nos mocassins était fait de toile. Après, ils en faisaient en laine, c’était plus chaud que la toile. Parfois, pour les enfants, les mocassins étaient faits entièrement de toile avec seulement deux plis à l’avant. On faisait des mocassins au design plus simple, parce que les enfants grandissent vite. »
Alexandre Pinette, Innu

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1. Pauline St-Onge, Innu
2. Lucienne Newashish, Atikamek Nehirowisiw

Fabrication

Confectionner des mocassins

« Dès sa naissance, l’enfant porte le mocassin. Moi j’ai voulu que mes enfants soient fiers de leur identité. »
Diane Blacksmith, Ilnu
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La première étape consiste à réaliser les formes de base des mocassins. On utilise une grande feuille de papier qu’on plie en deux pour faire un patron symétrique. Pour la pièce du dessous, on débute avec une demi-lune qu’on prolonge de la grandeur du pied qui chaussera le mocassin. La pièce du dessus sera plus pointue.

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On transcrit sur le cuir les deux formes obtenues pour ensuite les découper.

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On fait ensuite l’ornementation du mocassin, en général sur la pièce du dessus. On utilise la broderie, le perlage, les piquants de porc-épic ou les poils d’orignal.

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Étapes 1 et 2

Diane Blacksmith, Ilnu
Images : Mendy Bossum-Launière

Les deux pièces sont centrées et fixées par un point de couture à la pointe du mocassin. En ramenant la pièce supérieure, on pourra rabattre uniformément les côtés.

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L’assemblage se poursuit par le plissage du cuir, sur le devant du pied.

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Pour faire le talon, on coud l’arrière du mocassin, en arrondissant l’angle de manière à lui donner sa forme.

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La doublure est cousue le long de l’ouverture du mocassin.

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On borde finalement l’ouverture d’une pièce rabattue sur les côtés pour des mocassins d’été ou de canevas de toile qui monte sur la jambe pour des mocassins d’hiver.

Étapes 4 à 8

Diane Blacksmith, Ilnu
Images : Mendy Bossum-Launière

Ornementer l’objet

« Quand je fais du travail comme ça, je suis dans mon univers, je suis bien quand je fais ce travail-là. Quand je sens trop d’énergie autour, alors il faut que j’arrête. Ce sont des produits que la Terre Mère nous donne, alors il faut être tranquille. Il faut être en paix avec soi-même. »
Diane Blacksmith, Ilnu

Pour faire un motif ornemental sur un objet, on dessine d’abord un patron qui sera découpé et tracé sur le support. De façon générale, on débute par le contour de la forme pour ensuite la remplir. Un ornement, toutes techniques confondues, pourra prendre entre une heure et plusieurs jours de travail en fonction de sa complexité.


Broder

Diane Blacksmith, Ilnu
Photographies : Archives de La Boîte Rouge vif, 2004

On retrouve fréquemment des appliqués en broderie sur les vêtements et les mocassins. Ces broderies sont maintenant réalisées avec du fil à broder commercial. Le fil peut être à deux ou trois brins dépendant de la finesse souhaitée. Celui à deux brins demande beaucoup plus de temps.

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1-5. Photographies : Lyse Emond
Archives de La Boîte Rouge vif, 2012-13

Perler
Les perles sont utilisées pour la création de bijoux, comme des barrettes, des boucles d’oreilles, etc. Sur les mocassins, on peut voir des motifs en appliqué ou encore, comme les mocassins des danseurs (pow-wow), ils peuvent être perlés en entier.

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1-2. Photographies : Lyse Emond
Archives de La Boîte Rouge vif, 2012-13

Réaliser des appliqués en piquants de porc-épic
Les piquants sont retirés de la peau en tirant avec des gants ou des pinces. Il est aussi possible de prendre un morceau de styromousse et de frapper sur les épines, cela permet d’en retirer plusieurs à la fois.

On doit ensuite les faire tremper dans de l’eau et du savon quelques heures, pour retirer le gras de l’animal.

Pour faire des appliqués sur du cuir, il faut aplanir les piquants et ensuite perforer le cuir avec leur pointe, les piquants agissant comme une aiguille.

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1-4. Photographies : Lyse Emond
Archives de La Boîte Rouge vif, 2012-13

Ornementer avec le poil d’orignal
On utilise généralement les poils les plus longs, comme ceux du dos ou du cou.

Des teintures organiques à base de bleuet, de betterave, de thé ou de racines peuvent être utilisées, cependant les teintures commerciales donnent des couleurs plus intenses.

Outre la broderie, une autre façon d’utiliser le poil d’orignal est d’en faire des pompons, un ensemble de poils qu’on attache solidement ensemble avec plusieurs nœuds. On prépare les pompons nécessaires selon le motif désiré, ensuite ils sont cousus avec du fil sur le cuir ou l’étoffe. Les poils sont ensuite taillés afin d’uniformiser les longueurs.

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1-6. Photographies : Lyse Emond
Archives de La Boîte Rouge vif, 2012-13